LCA : rupture, opération et rééducation

Cet article marque mon retour au sport, mon retour sur le VTT, je vais enfin pouvoir remettre mes deux roues dans les cailloux !
Mais il n’intéressera pas tout le monde bien sur, puisqu’il ne sera pas question de VTT ici.

Après 2 ans et demi passés à gérer un genou blessé suite à une rupture du LCA (Ligament Croisé Antérieur), j’ai pensé que mon parcours pourrait peut-être intéresser ceux qui seraient malheureusement amenés à faire face à la même mésaventure. Parce qu’au cours de mes deux rééducations, j’ai pu constater que cette blessure était plutôt courante dans le milieu sportif.
Pour mémoire :
– octobre 2014 : rupture du LCA
– janvier 2015 : opération
– novembre 2015 : nouvelle rupture du LCA
– septembre 2016 : nouvelle opération

Pour faire court, la seconde rupture semble due (je prends mes précautions hein !) à un défaut de rééducation. Je développerai ce point dans le chapitre « rééducation » justement.

Et crac !

La rupture du LCA est la plus courante. Son collègue, le LCP (Ligament Croisé Postérieur, à ne pas confondre avec La Chaîne Parlementaire dont on se fout totalement ici) est plus rarement lésé.
Mais je vous vois venir, et vous allez me demander :
« Et comment se produit cette rupture Arthur ? »
Et là, je vous répond :
« La plupart du temps, elle est la conséquence d’une entorse du genou Doudou. »

Rupture du LCA par torsion (entorse) du genou.

La conséquence de cette rupture, c’est un genou qui n’est plus stable, qui se dérobe, et qui, de ce fait, peut engendrer d’autres complications (problèmes méniscaux, osseux, cartilagineux, ligamentaires).
Les personnes sédentaires peuvent vivre sans LCA avec une bonne rééducation.
Pour les sportifs, l’opération se systématise de plus en plus, pour deux raisons.
Première raison : sans opération, après plusieurs années de pratiques traumatisantes, les autres complications citées plus haut peuvent faire vieillir le genou prématurément. Le risque de se retrouver avec un genou qui a 20 ans de plus que vous est non nul. Vous imaginez la situation :
– « Quel âge avez-vous ? »
– « 45 ans, et mon genou gauche 65 ».
Crétin, non ? D’autant plus crétin, que passé un certain stade d’usure, il faudra passer au cran supérieur, avec, au pire, en dernier recours, la prothèse.

#steve-austin #6-million-dollar-man

Et là, c’est plus la même musique… mais, bref, revenons à nos violons.
Seconde raison : les techniques récentes sont de moins en moins traumatisantes, les durées d’hospitalisation plus courtes, et les résultats très bons (97% de réussite pour mon chirurgien).
Gardons tout de même à l’esprit qu’une opération n’est pas neutre, et qu’elle reste, encore aujourd’hui, arthrogène pour le genou.
Mais ne mettons pas la diligence avant les ch’vals, revenons au début de l’histoire : que se passe-t-il au moment de la blessure ? En général, on perçoit un « clac ! » assez net, l’instabilité est quasi instantanée (en cas de rupture complète), et le genou gonfle très vite.
Lorsqu’on en est là, c’est assez simple : il faut glacer le genou, et consulter.

Allo docteur, j’suis mou du genou…

Le médecin peut prescrire deux examens :
– Un IRM : permet de visualiser la rupture du LCA, mais pas toujours avec certitude.
– Un arthroscanner : permet de visualiser les blessures associées (ménisques, os, cartilages)
Notez qu’il faudra que votre genou ait dégonflé avant de pouvoir passer ces examens.

Le chirurgien procédera au test dit « du tiroir », qui est un peu le juge de paix quand l’IRM n’est pas bien clair, et plutôt commode à effectuer.
(Vidéo jusqu’à 10mn 16s)

L’intervention consiste à effectuer une « auto-greffe » : on prélève sur le patient ce qui sera greffé à la place du ligament rompu.
Aujourd’hui, le plus souvent, on emploi la technique du DIDT. L’acronyme correspond au lieu de prélèvement : les muscles Droit Interne et Demi Tendineux.
Et pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce que ça conditionne la suite des aventures ! Ce qu’on prélève, ce sont des fibres de tendons, que l’on va greffer en lieu et place d’un ligament. Et alors me direz-vous ? Oui c’est vrai ça, et alors ?
Alors ? Eh bien un tendon n’est pas un ligament, leurs structures sont différentes. Mais le corps est une machine merveilleuse. Il va transformer ce tendon en ligament, tout seul, sans intervention extérieure supplémentaire. Cependant, la ligamentisation (oui oui monsieur le correcteur orthographique, c’est comme ça qu’on dit !) du tendon est longue, et ne s’achèvera vraiment qu’un à deux ans après l’intervention. J’y reviens dans la dernière partie.
Voilà donc ce que le chirurgien va faire subir à votre genou, à grands coups de perceuse et de forêt de 8 !

Perçage des tunnels destinés à recevoir l’auto-greffe.

L’opération a lieu de plus en plus couramment en ambulatoire, mais il est encore possible de passer 3 jours à l’hôpital.
Après l’intervention, pas d’atèle, des béquilles, repos 5 à 7 jours, puis début de la rééducation.

Tout neuf. Ou presque…

La rééducation : au boulot fainéant !

Là commence le parcours du combattant.
La rééducation dure 6 mois, et se décompose comme suit (en gros, et en fonction des cas) :
– sortie d’hôpital, glaçage et exercices de contractions musculaire chez soi pendant 5/6 jours
– 2 mois de kiné à raison de 5 séances par semaine
– 2 mois de kiné à raison de 3 séances par semaine
– 2 mois de réathlétisation à raison de 2 séances par semaine

En terme de capacités :
– reprise du vélo en intérieur possible à 2 mois
– reprise du vélo en extérieur possible à 3 mois et demi (avec la plus grande prudence)
– reprise de la course à pied à 4 mois
– début de réathlétisation à partir de 4 mois

Une opération de qualité est bien sur nécessaire, mais ne vaut rien sans une rééducation bien menée, qui DOIT être sportive. Après ma première intervention, j’ai malheureusement expérimenté une rééducation classique, trop précautionneuse, trop peu sollicitante musculairement parlant.
La stabilité du genou dépend du ligament, mais aussi grandement de la tonicité du quadriceps (le gros truc moche hypertrophié des cyclistes pro de route !). Le souci, c’est que l’opération, l’immobilisation et l’inactivité peuvent faire perdre jusqu’à 70% de la masse musculaire en 15 jours seulement.
L’autre sujet primordial est la lutte contre le flessum dès le départ. Après l’intervention, il est difficile de retrouver l’extension complète. Il faut donc pratiquer des exercices simples de contractions du quadriceps, mais pénibles, car répétitifs et désagréables.

Ce dont on a envie, mais qui est à proscrire absolument !

Il est donc très intéressant de passer les 3 premières semaines en centre de rééducation, où le programme sera concentré, et ciblé sur la reprise musculaire et la lutte contre le flessum. Une séance de kiné dure 2 à 3 heures, en centre, le temps est doublé.
Le cabinet de kiné doit être équipé au minimum d’un vélo, d’une presse, d’un banc de musculation permettant les squats, d’une machine à quadriceps et ischio-jambiers. Un vélo elliptique est aussi très intéressant. Si le cabinet de kiné ne ressemble pas un peu à une salle de musculation, fuyez ! (mais doucement, sans courir hein !)
Les séances de kiné sont rudes. Et longues. Mais rudes surtout, car pour refaire du muscle, il faut forcer. Et le faire tous les jours avec la trouille au ventre que le genou flambe, des muscles atrophiés, des douleurs qui apparaissent, puis disparaissent, puis ré-apparaissent, ce n’est pas toujours simple.
Il faut être très prudent dès le début, et conserver les béquilles pendant 6 semaines.

Les compagnes de 6 semaines

Mais il y a un piège. Aux alentours des 3ème et 4ème mois, alors qu’on commence à se sentir de mieux en mieux, la ligamentisation dont je vous ai parlé plus haut est à son apogée. Il faut donc être extrêmement vigilant, car c’est à ce moment que la greffe est la plus fragilisée.
A 4 mois, on réalise un test isocynétique qui permet de mettre en évidence le déficit musculaire résiduel par comparaison entre les deux jambes. Il faut moins de 40% pour pouvoir envisager la suite.

Test isocynétique

Si le chirurgien donne son accord, c’est le début de la réathlétisation, un moment assez fort, où on commence à percevoir le bout du tunnel.
Cette période qui commence est l’occasion de réaliser une excellente préparation physique générale, mais a aussi un but psychologique primordial : faire comprendre au cerveau que le genou refonctionne comme avant ! Eh oui, voilà des mois qu’on vous bassine avec des « attention, tu marches trop vite », « tes béquilles !!! », « gaffe ! Y’a une marche ! », ….
Et tout à coup, pouf !, 6 mois ont passé, la rééducation est achevée. Bon, pas tout seul, certes…
Mais la transformation du ligament n’est pas terminée !!! J’insiste lourdement, mais il faudra attendre le 9ème mois pour que la greffe soit suffisamment solide pour envisager les sports de contacts, à pivots, bref, à risques.

C’est une entreprise de longue haleine, qui sera menée à bien si la tête suit. Avec une bonne caboche, ça passe ! Parce que vous avez bien compris que ce n’était pas un long fleuve tranquille. Il faut écouter les signaux qu’envoient le corps, si imperceptibles soient-ils parfois, suivre à la lettre les indications du kiné, ne pas perdre confiance, garder de la motivation, être patient, ne pas brûler les étapes, et surtout, respecter les échéances.

Si vous y avez droit un jour, ce que je ne souhaite à personne, même pas à mes ennemis (encore que…), vous savez ce qui vous reste à faire !

Plus d’infos :
sur l’opération
sur la rééducation
les aventures d’un mou du genou

Ce que je vous ai raconté ici n’est que le fruit de mon expérience, pas une vérité absolue bien évidemment, et surtout, je ne suis ni médecin, ni kinésithérapeute. Les protocoles peuvent différer d’un praticien à l’autre. Cependant, vu les résultats obtenus, il semble bien que la prise en charge des sportifs de haut niveau se fasse le plus souvent de cette manière là.
(merci à Alex pour la relecture)

3 Commentaires

  1. Jeff

    Article très intéressant. J’espère que ça ne me servira jamais mais c’est très utile de partager ce genre d’expériences je trouve. Et c’est encore une belle démonstration de la volonté nécessaire pour en sortir par le haut.
    Tu vois le bout du tunnel! Courage!

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  2. Audrey

    Super cet article, ça redonne du courage pour les mois à venir. C’est bien que tu insistes sur la prudence, c’est dur de ranger les objectifs de l’été dans un tiroir mais j’imagine que c’est le plus intelligent à faire..

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    1. Franck (Auteur de l'article)

      Oui Audrey, il faut se faire violence tous les jours, et en particulier à partir du 4ème mois. On a envie de sauter partout ! Aujourd’hui, j’en suis à 7 mois et demi, je dois encore être prudent, mais c’est pour l’avenir 🙂

      Répondre

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