L’aventure, c’est l’aventure

IMG_20150330_235057Voilà quelque temps que j’ai envie d’écrire un truc sur la recherche d’itinéraire, parce que c’est à ce moment là que tout commence vraiment.
Ceux qui me connaissent vont dire que je radote, mais tant pis, j’ose encore un parallèle avec l’escalade. J’ai toujours préféré parcourir une voie à vue qu’après travail. Pour le VTT, c’est pareil ; la pratique quotidienne se cantonne forcément à l’existant, le connu, et nous en tirons tous beaucoup de satisfaction. Mais l’inconnu a toujours une saveur supplémentaire : celle de la découverte.

Quand il fait un sale temps, du genre à ne pas mettre un vttiste dehors, je m’évade sur les cartes. Une carte au 25/1000, c’est du voyage en 2D sur papier.
Mais l’imagination fait des merveilles : je m’y vois presque sur le petit sentier, celui à flanc, là, qui coupe le torrent au sortir de la forêt. Juste après, il remonte raide, j’appuie plus fort sur les pédales pour aller chercher l’arête d’où j’imagine la vue sur la vallée, et sur laquelle commence LE sentier, celui aux multiples épingles que je cherche depuis toujours. Vous voyez, ça y est, le voyage a commencé !
Pour tenter de traduire le plus fidèlement possible les émotions que procurent ce moment là, il me fallait un exemple parfait. Et cet exemple parfait, je l’ai trouvé ! Enfin, je crois. Bon certes, il date de 2009… Si ça continue, je vais finir par passer pour un vieux machin, vivement que je remonte sur le vélo.

La recherche

Ce jour là, je détaillais un secteur où je n’étais jamais allé, sur les hauteurs de la vallée de la Têt, dans les Pyrénées Orientales. Pour le coup, ce ne sont pas les pointillés des sentiers qui ont attiré mon œil. Non, là, c’était les courbes de niveau.
Mais regardez plutôt, vous allez comprendre.

La carte au 25/1000, le début de l'aventure

La carte au 25/1000, le début de l’aventure

Vous la voyez cette ligne de crête vous aussi, hein ?
Pic de la Pelade, puig d’Escoutou, la Llabanère, pla de l’Estagnol, Lloumet, …, j’aimais déjà ces noms là.
Virtuellement, c’était plus qu’encourageant : départ à 2300 m, arrivée à 600m, une quinzaine de kilomètres de descente, et pas une route, pas même une piste de 4 x 4 à proximité !
Seulement, un tracé sur cartes et photos aériennes, ça reste virtuel, le terrain offrant souvent son lot de surprises. Heureusement d’ailleurs…
C’est là que les outils d’aujourd’hui sont vraiment bienvenu. Je veux parler de Google Earth, Geoportail, Garmin Base Camp, Visugpx et j’en passe.

J’ai donc continué mon voyage virtuel avec Google Earth, histoire de me rapprocher encore un peu plus de la réalité avec un petit peu de 3D.

Première vision aérienne

Première vision aérienne

Là, j’ai vraiment commencé à me dire que si ça passait, ça pouvait être beau. Un petit tour sur Geoportail pour comparer les vues satellites avec les photos aériennes m’a conforté dans l’idée qu’il devait y avoir un truc à faire là haut.
Le sentier, présent tout le long sur la carte, est beaucoup moins évident sur les photos aériennes, même si on l’aperçoit ponctuellement. Un soupçon d’incertitude, voilà ce qu’il manquait au programme ! Mais un soupçon seulement.
Du coup, j’ai cherché des comptes rendus de randonnées. Sans succès.
Un coup de téléphone à l’office de tourisme de Mont Louis plus tard, j’apprends que le sentier a effectivement disparu à plusieurs endroits. Les troupeaux ne sont plus menés là haut, les randonneurs ne passent pas non plus, rien n’est balisé.
Je ne pouvais rester plus longtemps les deux pieds dans le même sabot, il fallait aller voir, y poser les pieds, les yeux, les roues. Vous imaginez bien dans quel état d’excitation je pouvais être à ce stade des recherches.

Ça prend forme...

Ça prend forme…

Bon, c’est très bien tout ça, mais comment fait-on pour y parvenir sur cette crête ?
Après avoir fait le tour du problème, le plus simple s’est  imposé : dré dans l’pentu ! En clair, pour arriver au pied du pic de la pelade, il faudra porter les vélos dans une combe, le nez face à la pente. Mais avant ça, il va falloir prendre le train…

La virée

A Olette, le village d’arrivée, passe la ligne du train jaune. Ce train touristique, part du fond de la vallée à Villefranche de Conflent, et remonte jusqu’à la frontière espagnole.
Voilà donc le plan : laisser les voitures à Olette, monter dans le train et en descendre une heure plus tard à Mont Louis.
Le voyage à la pédale commence donc à la gare de la Cabanasse. On rattrape la forteresse de Mont Louis, on la dépasse, et on commence à grimper au nord, vers le coll de la LLosa au pied du puig de la Tossa. On poursuit, toujours sur de la piste roulante vers le coll del Torn et le refuge du même nom.

Refuge du coll del Torn

Refuge du coll del Torn

Arrive le coll de Creu, puis une longue piste en balcon qui surplombe Formiguères, le lac de Puyvalador et offre un panorama sur le massif du Carlit.
Même si nous ne sommes qu’en mai, il fait plutôt doux, la fonte des neiges bat son plein.

Là c'est de l'eau, plus haut...

Là c’est de l’eau, plus haut…

Au coll de Sansa, direction nord/est, vers la coume de Ponteils. Plein est, on aperçoit la combe du Pinouseil et le pic de la Pelade.

La combe du Pinouseil

La combe du Pinouseil, encore enneigée

C’est là que les choses sérieuses commencent. Pour arriver au pied du pic de la Pelade, il y a 400 m de dénivelé à se farcir dans la combe, vélo sur le dos.

La fin de l'ascension avec le massif du Carlit en toile de fond

La fin de l’ascension de la combe avec le massif du Carlit en toile de fond

Une bonne heure (sans les pauses…) plus tard, c’est nous qui sommes farcis. La neige nous a quand même bien compliqué la tâche, puisqu’il n’a quasiment jamais été possible de marcher dans le fond de la combe, mais toujours sur les bords, à moitié sur l’herbe, à moitié sur la neige, les pieds de traviole…

Nous voilà enfin au col, l’heure de la pause et des sandwichs de papa Jean-Mi a sonné.

Pause sandwichs dans les ruines d'un abri au pied du pic de la Pelade

Pause sandwichs dans les ruines d’un abri au pied du pic de la Pelade

W.R.S.-67

Devant nous, un toboggan qui peut mener bien bas…

Vu qu’on n’est pas venu pour acheter du terrain, et qu’on ne sait absolument pas quel terrain on va trouver justement, on repart sans trop tarder. Il y a aussi pas mal d’impatience : qu’en sera-t-il de ce qui a été imaginé ?
La première partie entre le pic de la Pelade et le puig d’Escoutou est assez difficilement roulable, mais que c’est beau ! Le semblant de sentier est encore très encombré par la neige, et les quelques portions sans chemin sont très, voire trop cassantes.

Le puig d'Escoutou

Le puig d’Escoutou et son pierrier à traverser

On s’engage sur la petite trace qui traverse le pierrier d’Escoutou : ça ne roule pas tout le long, surtout au début où il faut passer entre les arbres, mais dans l’ensemble, ça va à peu près.

Jean-Mi et David dans la traversée du pierrier. Au fond, le pic de la Pelade

Jean-Mi et David dans la traversée du pierrier. Au fond, le pic de la Pelade

A partir de là, ça semble meilleur. On arrive dans de la prairie d’altitude, on ne la quittera plus jusqu’à Oreilla. Le tarif sera donc de 12 km de descente effectuée en quasi intégralité hors sentier : normal, il n’y en a pas de sentier.

Une trace à faire

Une trace à trouver, ou à faire

C’est assez fabuleux de devoir chercher où est le meilleur passage. Nous voilà en mode freeride, au sens premier du terme.
Et puis secteur sauvage oblige, nous avons fait quelques belles rencontres.

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Une harde d’une quinzaine de bêtes nous part presque sous les roues

La vue est extraordinaire.

Sa sainteté le Canigou

Sa sainteté le Canigou

De temps en temps, on retrouve quelques bribes de sentier, celui encore présent sur la carte, jadis utilisé par les bergers. Il passe d’ailleurs par une succession d’abris de pierres sèches, les cortals, la plupart en ruines.

Pause au pied d'un cortal

Pause au pied d’un cortal

Le terrain est assez similaire jusqu’au pla Diagré, vers 1400 m. De la prairie plus ou moins couverte de grosses boules de genêts entre lesquelles il faut chercher un passage. De temps en temps, on passe, volontairement ou non, sur ces genêts : en général, ça passe. En général…

Pas de pose, mais un rider vraiment coincé sur le dos

C’est assez génial, chacun roule où il le sent. Parfois, on se retrouve de front, parfois on se suit.

Derrière nous, la Llabanère, le puig d'Escoutou à droite, et le pic de la Pelade à gauche

Derrière nous, la Llabanère, le puig d’Escoutou à droite, et le pic de la Pelade à gauche

On rattrape le sentier un peu au dessus d’Oreilla. Le début est un peu douloureux pour les bras à cause des nombreuses aubépines qui débordent largement.
Le final, entre Oreilla et Olette est incroyable : un sentier entretenu, tantôt herbeux, tantôt caillasseux, avec des relevés naturels et des épingles. Ce sera notre dernière gavade avant de nous installer en terrasse pour la (les pour certains…) bière rituelle.

W.R.S.-15

Au bar d’Olette, repos des montures…

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… et des cavaliers

Voilà, celle là, j’en garde un souvenir particulier, car les incertitudes des recherches préliminaires ont été une source incroyable de curiosité et d’envie. Ce qui est étonnant quand on est sur place, c’est cette sensation de connaitre les lieux sans jamais y être venu. A force d’étudier les cartes et les photos aériennes, on finit par devenir familier du secteur. Mais dans les faits, nous y étions totalement étrangés…
Au final, c’était très sauvage, peut-être un peu trop sur la fin, les sentiers étant totalement à l’abandon.
J’imagine qu’aujourd’hui c’est devenu encore moins accessible, peut-être que plus personne ne passera là haut. Mais quoi qu’il en soit, si quelqu’un trouve un jour une raison pour aller traîner sur cette crête, qu’il me le fasse savoir, il n’est pas exclu que me prenne l’envie de l’accompagner.

5 Commentaires

  1. guidoni,jean piere

    belles photos,bien écrit,on sent le passionné

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    1. Franck (Auteur de l'article)

      Merci Jean-Pierre !

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  2. marc

    Chapeau !
    Du vdm hors sentiers : le summum du vélo tout terrain ! 🙂

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  3. Kikouman

    Aaah, la partie que j’adore : la recherche de LA trace que personne ne connaît, sur les crêtes, en quête de la plus longue descente possible…
    Bon des fois ça marche moyen. Une fois arrivé au sommet tu fais 100 mètres et tu te retrouves devant un mur de buissons haineux du genre humain qui t’envoient des épines dans les yeux et/ou un pierrier qui n’a de cesse de chercher à te péter les tibias à coups de dalles tranchantes. Google Earth n’est pas encore assez précis sur la taille des cailloux ^^

    Merci pour ce CR, ça a dû être bien épique.

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    1. Franck (Auteur de l'article)

      Merci pour ton commentaire, je vois que tu connais bien la chose !
      😉

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