Du côté de la Carança

Allez zou, encore un coup de revival.
Et pour bien faire, je nous envoie carrément 6 ans en arrière !
Ça se passe dans les Pyrénées Orientales, du côté de la vallée de la Têt.

Je ne sais plus vraiment ce qui m’avait pris sur ce coup là, hormis une furieuse envie d’aller en montagne, comme d’habitude. Comme il est très mauvais de réfréner ses envies et que celle-ci était vraiment furieuse, il fallait une virée du même acabit pour en venir à bout.
Plusieurs années auparavant, j’étais allé randonner dans les gorges de la Carança, jusqu’au refuge. Et forcément, j’avais zieuté la montagne au dessus, il en restait un sacré bout… A ce moment là, je n’avais pas imaginé une seule seconde que j’y reviendrais à vélo.
Définir l’itinéraire fait toujours parti d’un moment très excitant, le voyage commence à ce moment là, j’adore ça. Et là pour le coup, j’ai été servi. Pas moyen de trouver le moindre compte rendu de virée à bicyclette dans le secteur. Diantre, ça doit être coton… Tant mieux, de l’incertitude, c’est du piment ! Le sentier existe tout le long sur la carte, on le voit presque partout sur les photos aériennes, ça doit passer…
La boucle estimée à 35 km aurait pu rentrer dans une grosse journée, mais l’envie de montagne, et la présence du refuge sur la trace ont naturellement conduit à organiser ça sur deux jours.
Bon ça, c’est fait, maintenant, avec qui tenter ce truc ? J’appelle Jean-Michel, il me dit oui, génial, c’est parti.

Vu que nous avons deux jours devant nous, nous prenons notre temps. Le premier jour, il n’y a que 14 km à boucler pour arriver au refuge.
Départ de Fontpédrouse à 1000 m, par la route, tranquille, pour rejoindre le petit village de Prats-Balaguer.

Les Duponts font du vélo.

Les Duponts font du vélo.

Deux dormeurs à la belle étoile s'éveillent sur le replat de Prats-Balaguer.

Deux dormeurs à la belle étoile s’éveillent sur le replat de Prats-Balaguer.

C’est après Prats-Balaguer que j’ai péché par gourmandise… Voulant éviter la longue montée par la piste, j’avais dégotté un single face nord/nord-est du Coucouroucouil. Oui oui, vous avez bien lu, c’est le nom du premier sommet qui se dresse sur notre route. Si vous ne me croyez pas, allez faire un tour sur l’IGN ! Ah, j’oubliais, selon les cartes, vous pourrez aussi le trouver sous le nom Cucurucul !

Après la route, un petit peu de piste.

Après la route, un petit peu de piste.

A propos de cartes, il faudra que j’apprenne à les lire… Belle punition que je nous ai infligée là !
600 m de dénivelé à avaler en 2,5 km, soit 25% de pente moyenne, nous avons bien poussé !

Rude et raide !

Rude et raide !

Le côté positif, il faut bien en trouver un, c’est que nous nous sommes retrouvés immergés en montagne plus rapidement…

…et heureusement, il y avait des myrtilles !

…et heureusement, il y avait des myrtilles !

Mais, à travers les arbres, le point haut du jour est en vue. Voilà ce qu’il nous fallait pour nous redonner un peu de cœur à l’ouvrage.

Première vue du col Mitja.

Première vue du col Mitja.

Il est superbe ce col, dessiné comme dans les livres, semblable à un lisse et doux décolleté féminin.
Nous retombons enfin sur la piste que nous n’aurions jamais du quitter. Ouf, ça, c’est fait.

L'une des innombrables pauses de la montée infernale. Au fond, la vallée de la Têt.

L’une des innombrables pauses de la montée infernale. Au fond, la vallée de la Têt.

Et là, c’est le drame. Mon pote de virée ne se sentait pas très bien depuis un moment, mais là, d’un seul coup, il me fait peur. Il a le palpitant qui tape à 200 alors que nous ne fournissons pas plus d’efforts que ça.
La décision est vite prise, quelque chose est anormal, on redescend.
Sauf que l’ami Jean-Mi ne l’entend pas de cette oreille. Pas pour lui, mais pour moi. Il me propose de continuer sans lui, il reviendra me chercher le lendemain. Tout est bouleversé. J’hésite un moment, puis fini par accepter. Je ne sais pas si je l’ai suffisamment remercié depuis.

La sale image de la journée, Jean-Mi redescend.

La sale image de la journée, Jean-Mi redescend.

Je repars donc seul. C’est étrange, triste et excitant à la fois.

En partant de l'arrière plan, le Péric, la station des Angles, La Llagonne et le village de Sauto.

En partant de l’arrière plan, le Péric, la station des Angles, La Llagonne et le village de Sauto.

Arrivée au col Mitja, découverte du panorama sur la vallée de la Carança.

Arrivée au col Mitja, découverte du panorama sur la vallée de la Carança.

La descente vers la vallée de la Carança n’est pas des plus excitante. Le tracé original du GR est tellement raviné par endroits qu’il en est inroulable. Je me rabat sur la piste qui le croise, avec les quelques randonneurs, qui eux aussi, évitent le GR.

Pendant la descente, vue sur le refuge du ras de la Carança.

Pendant la descente, vue sur le refuge du ras de la Carança.

L’arrivée au refuge a quelque chose d’irréel. Tout un « tas » d’Espagnols s’affaire ici et là. Il y en a partout. L’ambiance Costa del Sol n’est pas loin…

"L'espagnol" a envahi le refuge et ses alentours !

« L’espagnol » a envahi le refuge et ses alentours !

Sous le refuge, le début (ou la fin) des gorges.

Sous le refuge, le début (ou la fin) des gorges.

Derrière le refuge, se trouve la cabane d’origine des bergers, que l’on a aujourd’hui coutume d’appeler orri. Il est d’ailleurs intéressant d’apprendre quelle a été l’évolution du terme au fil des siècles.

L'orri, l'abri des bergers.

L’orri, l’abri des bergers.

Je suis presque ému de revenir ici après plusieurs années.
La gardienne du refuge m’annonce que c’est complet. Mince… Je lui demande si elle n’a pas un matelas à mettre dans un coin ; ouf, il lui en reste un, je dormirais à l’abri. Le temps est suffisamment clément pour dormir dehors, ce que ne manqueront pas de faire plusieurs Espagnols (dont un dans le barbecue !), mais vu que j’ai allégé le plus possible mon sac, la nuit à la fraiche avec juste un sac à viande ne m’inspire pas plus que ça.
Bonnes discussions et rigolades autour du repas avec trois pêcheurs qui sont montés à pince pour faire quelques truites. L’un d’eux est un montagnard chevronné, passionnant à écouter. Un vrai, qui connait le coin comme sa poche, et qui a aussi bien parcouru l’Himalaya. Il part avec un autre gus pour la crête Espagnole tôt le matin, et me propose de me joindre à eux. Vendu, on fait comme ça.

05h30, départ, "l'Espagnol" dort encore.

05h30, départ, « l’Espagnol » dort encore.

Là haut, tout là haut...

Là haut, tout là haut…

Le sommet n’est qu’à 8 km, mais 1000 m plus haut. C’est parti pour 3 heures et demi.
Quoi ? 3 heures et demi pour faire 8 km ? Eh oui, il s’avère que ça roule très très peu…

Pas bien roulable tout ça..

Pas bien roulable tout ça..

Parti avec un peu d’avance sur mes compagnons, je profite de la solitude et du calme des lieux.

Les voisines du matin, paisibles.

Les voisines du matin, paisibles.

Joubarbe.

Joubarbe.

Peu avant le premier étang, l’estany blau, la vallée s’élargit et s’aplatit.

La Carança, apaisée pour un instant, se fraie un chemin dans la prairie.

La Carança, apaisée pour un instant, se fraie un chemin dans la prairie.

L'estany blau, et au dessus, une ancienne galerie de mine de fer.

L’estany blau, et au dessus, une ancienne galerie de mine de fer.

Par endroit, je remonte sur mon vélo, mais jamais bien longtemps.

Le sentier, plutôt joueur, peu avant l'estany de la Carança, caché derrière les sapins.

Le sentier, plutôt joueur, peu avant l’estany de la Carança, caché derrière les sapins.

En me retournant, le pic Redoun, l'un des "seins" du col Mitja me permet de mesurer le chemin parcouru.

En me retournant, le pic Redoun, l’un des « seins » du col Mitja me permet de mesurer le chemin parcouru.

L'estany de la Carança, 2260 m.

L’estany de la Carança, 2260 m.

C’est splendide ici. Du bord de l’étang, j’aperçois le sentier qui poursuit sur l’autre rive, en traversée vers la gauche, toujours en suivant le lit du torrent.
C’est reparti, prochain objectif, l’étang noir, à 2500 m.
Décidément, depuis ce matin, je n’ai pas fait beaucoup de vélo. Mais peu importe, ici, le poussage/portage s’oublie.
Mes deux acolytes évoluent à un rythme soutenu, je peine à les suivre. Je les rattrape dès que je peux pédaler, et bon an mal an, nous faisons notre route ensemble.
La vraie première pause a lieu à l’étang noir.

L'étang noir.

L’étang noir.

Matricule 7453.

Matricule 7453.

Assis dans l’herbe, je laisse s’approcher un troupeau de vaches. Ça a quelque chose de reposant une vache. La lenteur des mouvements, les grands yeux, le gros museau humide…

Après ces considérations bovines, revenons à nos moutons. L’étang bleu est perché juste au dessus de l’étang noir. A l’œil, le sentier n’est pas évident : c’est dré dans l’pentu, mais alors, dré ! Avec le vélo sur le dos, il me faudra poser la main à plusieurs reprises pour m’équilibrer sur un sol particulièrement fuyant.

Arrivée à l'étang bleu.

Arrivée à l’étang bleu.

En surplomb de l'étang bleu, dans la montée finale.

En surplomb de l’étang bleu, dans la montée finale.

Et c’est l’arrivée sur la crête, au col de la Carança.

Au col de la Carança, le sentier monte au pic de la Vaca. A droite, l'Espagne.

Au col de la Carança, le sentier monte au pic de la Vaca. A droite, l’Espagne.

Je laisse là mes compagnons de matinée qui poursuivent vers le pic de la vaca, moi, je pars dans l’autre sens vers le col de Nou Creus.
Je m’arrête quelques minutes, profite du panorama exceptionnel, et aperçoit un troupeau d’une quarantaine d’isards qui gambadent en contrebas (si vous avez de bons yeux, on les aperçoit sur la photo ci-dessous, sur la croupe herbeuse.)

A l'avant dernier plan, les pics Redoun et Gallinas qui encadrent le col Mitja.

A l’avant dernier plan, les pics Redoun et Gallinas qui encadrent le col Mitja.

Le col de Nou Creus.

Le col de Nou Creus.

Le col de Nou Creus doit son nom aux neuf croix plantées ici en hommage à neuf randonneurs foudroyés en montagne.
La vue est magnifique où que l’on regarde. Côté Espagnol, on domine le sanctuaire de Nuria. Des tas de sentiers plus qu’alléchants partent de la crête et se perdent dans la vallée.

La vallée du sanctuaire de Nuria.

La vallée du sanctuaire de Nuria.

Au sommet sans nom (2801m), entre le col de la Carança et le pic de la fossa de Gegant. Au fond à droite, sur la crête, le pic de la Vaca.

Au sommet sans nom (2801m), entre le col de la Carança et le pic de la fossa de Gegant. Au fond à droite, sur la crête, le pic de la Vaca.

Il est temps de songer à la descente. Imaginez 1800 m de dénivelé d’une traite sur 14 km. Bon, non ?
Et au départ, ça ressemble à ça :

Départ de la descente.

Départ de la descente.

La seule vague remontée, c’est la fin de cette petite traversée qui part du col de nou Fonts et permet de rejoindre le col d’En Bernat (à la coulée jaune sur la photo ci-dessus).
Belle première section bien technique dans de grosse pierres, la suite est plus facile. Au col d’En Bernat, je me retourne. Eh oui, j’étais là haut !

Vue sur le départ de la descente du col d'En Bernat.

Vue sur le départ de la descente du col d’En Bernat.

La suite, juste après le col est fabuleuse : de la prairie d’altitude, des vaches, et plein de grosses pierres qui ne demandent qu’à servir d’appels pour jouer à l’isard !

Sous le col d'En Bernat, en direction de l'étang de l'Estanyol.

Sous le col d’En Bernat, en direction de l’étang de l’Estanyol.

Bon, après, je dois bien le reconnaître, comme d’habitude, je ne me suis plus arrêté pour faire des photos, j’ai roulé. Du col d’En Bernat au refuge de l’Orri, il y a 5 kilomètres, et presque tout se roule ! C’est parfois rude, mais ça passe. J’ai déjà perdu 1000 mètres d’altitude, et il m’en reste encore 800. Du refuge, je rejoins la retenue d’eau. Et là, commence un sentier… Un de ceux qui vous plaquent un sourire niais sur la figure malgré vous.

Après la retenue d'eau, ça commence comme ça.

Après la retenue d’eau, ça commence comme ça.

3,8 km de sentier trois étoiles.

3,8 km de sentier trois étoiles.

Ce sentier est vraiment dément pour le vtt. Roulant au départ, puis pas mal de cailloux au milieu, les adeptes du technique apprécieront, il se termine par des enchainements d’épingles fabuleux dans la forêt entre Prats-Balaguer et Fontpédrouse.

Voilà, c'est fini. 36 km - 2600 m de dénivelé.

Voilà, c’est fini. 36 km – 2600 m de dénivelé.

A Fontpédrouse, je retire mes protections, démonte les roues du vélo, et attend Jean-Michel.

Mille mercis de m’avoir permis de finir cette aventure, mais il manquait quand même quelqu’un là haut…

Capture-ecran-2015-03-10

 

11 Commentaires

  1. Jean-Michel

    Un bon souvenir malgré tout. J’aurais bien aimer aller jusqu’au bout. Mais….

    Répondre
    1. Franck (Auteur de l'article)

      J’aurais bien aimé aussi.
      Merci encore en tous cas 🙂

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  2. Marc

    Super topo, détaillé à souhait : j’ai tout suivi sur vttrack !
    On sera prêt cet été tu crois ?

    Répondre
    1. Franck (Auteur de l'article)

      Toi oui, moi pas sur, mais j’y travaille. J’ai d’ailleurs un projet quasi validé qui devrait être fort sympathique !

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  3. Jeff

    Oui, j’abonde. Magnifique topo! Beau, rude, comme je les aime. Mais, mais c’était à toi cet horrible vélo???

    Répondre
    1. Franck (Auteur de l'article)

      L’un des meilleurs vélos de montagne que j’ai eu Monsieur le béotien 😉
      Inenvisageable aujourd’hui par beaucoup, il faisait bien ses 15 kg…

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  4. Minerve

    Le slayer sxc, fabuleuse machine !
    Super histoire, belle plume… ça donne vraiment envie !

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    1. Franck (Auteur de l'article)

      Merci Minerve !
      Effectivement, j’ai passé de bons moments sur cette bicyclette.
      Si tu ne connais pas ce coin de France, je t’en ferais découvrir quelques jolis morceaux avec grand plaisir 🙂

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  5. David

    Superbe !!
    @+

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  6. Damien

    juste génial cet article, je me rappelle être monté au refuge à pied il y a quelques années, c’est un chouette souvenir, maintenant j’ai envie d’y retourner à VTT, c’est malin 😉

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    1. Franck (Auteur de l'article)

      Désolé…. 🙂
      (et merci pour le « génial »)

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